Prisons et état d'exception


Familles de prisonniers politiques Soumis à la mer, 06/05/2020 - 14:25

Nous, les signataires de ce texte, nous sommes de familles de prisonniers politiques basques qui se trouvent dans les prisons espagnoles et françaises. Même si la réalité de la prison est toujours dure, la situation qui s'en découle à cause de la pandémie de la Covid-19 et de l'application de l'état d'exception fait que cette situation devienne encore plus dure.

En ces temps où les apparences sont si importantes, il faut bien embellir tout ce qui se trouve devant nos yeux. Cela est indispensable pour que le spectacle puisse continuer. Voilà pourquoi sont si importants les applaudissements dans les balcons, parce qu’on veut impulser une fausse unité déclassée, aseptique en apparence, mais qui cherche à cacher toute évidence des différences sociales, ainsi que les responsabilités politiques.

C'est justement dans la prison où mieux se montrent les différences sociales, économiques et politiques. La prison fut créée en tant que poubelle du système et aujourd’hui continue à jouer le même rôle. La plupart de prisonnières et prisonniers sont pauvres ou ils souffrent des maladies mentale, ou comme nos proches, qui sont militants politiques qui se sont révoltés contre les injustices et qui ont lutté pour les libertés socio-politiques et nationales de notre peuple.

Dans les prisons, il n'est pas nécessaire de garder les formes, ce qui se passe à l'intérieur des prisons n'est pas fait pour être montré au public, n'a aucun poids dans les élections. Mais nous n'acceptons pas que nos proches soient traités comme moins que rien. Nous exigeons que dans les prisons les critères de santé aient la priorité face aux punitifs. Nous exigeons, également, la mise en liberté immédiate des prisonnières et prisonniers malades, ceux d'un certaine âge, ceux qui se trouvent en détention préventive et ceux et celles qui ont déjà purgé les trois quarts de la peine.

Il ne faut pas oublier que la politique de dispersion, qui a assassiné déjà seize membres des familles des prisonniers politiques basques, accentue l'isolement des prisonniers. Depuis trente ans le peuple travailleur basque est en train de lutter contre la dispersion et depuis trente ans les États français et espagnol ignorent complètement cette revendication. Nous, les signataires de ce texte, en exigeant la fin de la dispersion faisons nôtre le mot d'ordre : «Prisonnières et prisonniers politiques basques en Euskal Herria».

En attendant que cela arrive, il y a d'autres mesures que les États espagnol et français pourraient prendre pour atténuer l'isolement des prisonniers. Nous exigeons qu'ils mettent en place les mesures nécessaires pour que, dans la situation spéciale dans laquelle nous nous trouvons, nous puissions mener à terme, en total sécurité, les parloirs avec nos proches qui se trouvent en prison. Également nous exigeons pouvoir traverser sans aucun empêchement la frontière artificielle qui divise Euskal Herria. Ces mesures, qui pourraient être prises avec effet immédiat, sont des pas intermédiaires prioritaires «de force majeure» et «essentielles» pour nous et nos proches.

En tout cas, même après que ces mesures soient prises, nous continuerons la lutte pour une amnistie qui comprenne la liberté nationale, sociale et politique de notre peuple, puisque cela est le seul chemin et la seule garantie pour que les prisons ne se remplissent à nouveaux des militants politiques.

Signataires :

Patxi Karasatorre Aldaz

Ziortza Fernández Larrazabal

Maribi Gaztelumendi Galtzagorri

Jesús Herrador Pouso

Sua Herrador Rodriguez

Sendoa Jurado Garcia

Marije Guinea Aspiazu

Lorena Barreras Díaz

Meritxel Aranzubia Ariznabarreta

Mikel Aginagalde Ugartemendia

Rosana Moreno Balanzategi

Adur Goieaskoetxea Serna

Immaculada Gràcia Monge

Ainhoa Pastor Alonso